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Vivre et Comprendre

“Il est de la responsabilité de tous de veiller à ce que les nouveaux moyens de diffusion de l'information se traduisent par un enrichissement, et non un appauvrissement du patrimoine culturel mondial.” Pierre Joliot

Bientôt une liste rouge des écosystèmes fragilisés en France

Après la liste rouge des espèces menacées, L'UICN a élaboré une méthodologie pour évaluer le risque pour les écosystèmes. Au niveau français, des études se sont penchées sur certaines zones humides, forêts et les mangroves de Mayotte.

"En sachant quels écosystèmes sont en bonne santé et quels sont ceux qui sont perturbés, les gouvernements, les collectivités locales et les entreprises pourront prendre les bonnes décisions d'investissement pour la gestion durable de l'environnement ", pointe dans un communiqué, David Keith, auteur de la dernière version de la méthodologie de la liste rouge des écosystèmes de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Après la liste rouge des espèces menacées, l'UICN s'est effet penchée sur les écosystèmes. Lancée en 2008 lors du 4e Congrès mondial de la nature, cette initiative a franchi une étape en mai 2014 avec la reconnaissance de cette méthodologie comme l'outil de référence pour l'évaluation du risque pour les écosystèmes au niveau mondial. Comme pour les espèces menacées, l'outil permet de déterminer si un écosystème est vulnérable, en danger ou en danger critique.

Plusieurs études de cas ont contribué à l'élaboration et la validation de cette approche. Au niveau de la France, le Comité français de l'UICN a travaillé sur la classification de certains écosystèmes de zones humides de France métropolitaine ainsi que sur cinq types habitats forestiers. Résultat : les lagunes méditerranéennes françaises sont vulnérables. Le principal responsable de cet état ? l'eutrophisation. Ces dernières subissent également, selon le document, les effets du changement climatique : la hausse du niveau marin, la salinisation des sols et la submersion temporaire des zones humides.

Autre milieu considéré comme vulnérable : le bassin d'Arcachon. Le rapport rappelle que ce dernier a été également marqué par l'eutrophisation au niveau du delta de l'Eyre entre les années 1970 et 2000. Mais la principale menace serait les apports de pesticides et polluants notamment un biocide utilisée pour la navigation de plaisance, l'Irgarol. Désormais des nématicides, auparavant non étudiées, sont également retrouvées.

"La régression dramatique en moins de deux décennies des herbiers de zostères, espèce clé de ce milieu intertidale, altère profondément l'équilibre écologique futur du bassin", souligne l'étude. L'éco-système est également menacé par les activités industrielles de la région.

Les grands marais maritimes atlantiques en danger

Du fait de la pollution engendrée par la conchyliculture, la surcharge des parcs ostréicoles, la multiplication des huîtres sauvages, les grands marais maritimes atlantiques apparaissent comme en danger : la surconsommation de la ressource trophique entraînent en effet leur dégradation.

Les plans d'eau du littoral aquitain ont également été classés comme en danger de disparition.

Le principal incriminé dans ce cas est l'homme, à l'origine d'importantes perturbations (régulation des niveaux d'eau ou changements d'usages de ces plans d'eau) et les espèces végétales invasives.

"L'aspect que nous connaissons de la région des landes de Gascogne n'est en rien celui qui prévalait il y a à peine deux siècles, et les modifications sur la répartition des espèces clés comme sur la fonction écologique du milieu sont certainement sous-évaluées", note l'étude.

Les forêts de Hêtre vulnérables

Outre définir le cadre pour une évaluation nationale de l'ensemble des habitats forestiers, l'étude sur les cinq types d'habitats forestiers, permet également un premier aperçu de leur état. Ainsi, les forêts de Hêtre métropolitaines ont été qualifiées comme vulnérables. Selon l'étude, la modification des régimes de précipitations liée aux changements climatiques entraînera, à plus ou moins long terme, d'importants changements dans la répartition de ces écosystèmes.

"De plus, le Hêtre montre en France et depuis la fin des années 1990 un déficit foliaire élevé et croissant, ce qui traduit un état sanitaire non optimal et en dégradation sur l'ensemble de sa distribution sur le territoire", constate l'étude.

Sensibles aux sécheresses estivales et ne se développant que dans une gamme de températures moyennes annuelles restreintes, les sapins et épicéas s'avèrent également vulnérables.

"Bien que ces essences montrent qu'ils ont la capacité de remonter en altitude pour suivre leurs optimums écologiques, les surfaces libres en altitude ne compenseront pas l'étendue des zones qui leur deviendront défavorables ailleurs", explique l'étude.

L'action de l'homme aurait aggravé cette vulnérabilité par sa tendance à l'expansion de la distribution de pessières? et des sapinières jusqu'aux limites des capacités d'adaptation des sapins et des épicéas.

En revanche, les forêts de chênes verts apparaissent, selon l'étude, comme peu concerné par un risque d'effondrement en France. Néanmoins, le document préconise le suivi de la progression des incendies à l'avenir et la fragmentation des écosystèmes forestiers liée au développement de l'habitat diffus en milieu forestier.

Données insuffisantes pour les forêts de pente

Des études complémentaires devront également être conduite sur les forêts se développant sur les pentes, dans les ravins et sur les éboulis. Les données s'avèrent en effet insuffisantes pour estimer le risque encouru par cet écosystème de manière globale et son évolution au cours des 50 prochaines années.

Enfin les pinèdes corses à Pin laricio sont caractérisées comme quasi-menacé. Le risque important d'incendie pèse notamment sur cet écosystème de 25.000 ha, confiné sur une seule île.

Le Comité français de l'UICN a également réalisé une évaluation en 2014 sur les mangroves de Mayotte qui donnera prochainement lieu à la publication d'un rapport. " Cette évaluation est la première avec l'outil reconnu officiellement ", souligne Aurélien Carré, chargé de mission pour la liste rouge des écosystèmes au niveau de la France. En 2015, un travail sur les forêts méditerranéennes françaises devrait être entrepris.

Au niveau mondial, l'UICN projette de s'intéresser aux écosystèmes de Madagascar ainsi que ceux d'Amérique. "Notre objectif est d'évaluer tous les écosystèmes du monde d'ici 2025, explique dans un communiqué, Jon Paul Rodriguez, chef de projet de la Liste rouge de l'UICN des Écosystèmes, mais notre base de données est conçue pour accueillir également des études réalisées au niveau d'une municipalité, d'un pays ou par type d'écosystème".

Dorothée Laperche

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