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Vivre et Comprendre

“Il est de la responsabilité de tous de veiller à ce que les nouveaux moyens de diffusion de l'information se traduisent par un enrichissement, et non un appauvrissement du patrimoine culturel mondial.” Pierre Joliot

Commerce extérieur : la Chine tente de doubler la France au Maghreb

Les pays du Maghreb ne sont plus la chasse-gardée des entreprises françaises à l'export. L'Empire du Milieu est devenu un partenaire commercial incontournable. Le solde commercial est encore excédentaire, mais pour combien de temps ? La stratégie d'implantation des entreprises françaises au Maghreb n'arrange pas les choses.

En octobre, le déficit commercial de la France a reculé de 100 millions d'euros par rapport à septembre pour s'élever à 4,6 milliards d'euros. Anecdotique, cette performance n'empêchera pas la France d'afficher un déficit proche des 60 milliards d'euros en 2014.

Plus grave, peut-être, la France est en train de se faire tailler des croupières dans les pays du Maghreb, sa traditionnelle chasse-gardée.

Les Douanes, rappelant que les exportations françaises vers le Maghreb représentent 3,1 % du total des ventes, dont 44 % prennent la direction de l'Algérie, 29% le Maroc et 27% la Tunisie, observent :

" Entre 1998 et 2005, l'Union européenne (UE) a conclu des accords avec les pays du Maghreb afin de libéraliser progressivement les échanges dans l'espace méditerranéen. Ainsi, l'UE est à la fois le premier client (58 % des exportations du Maghreb en 2012) et le premier fournisseur du Maghreb (52 % des achats). La France est le premier pays partenaire du Maghreb, avec 13,5 milliards d'exportations en 2013, soit 15,2 % de parts de marché, devant l'Espagne (10,6 %) et la Chine (10,1 %). Cependant, l'UE est en perte de vitesse et perd 14 points de parts de marché entre 2003 et 2012, principalement la France (-11 points). A l'inverse, la Chine gagne du terrain parmi les fournisseurs et occupe désormais le 3ème rang (5ème rang en 2003 avec 4,4 % de parts de marché) "

Seules les hautes technologie résistent

Tous les secteurs sont concernés. Entre 2003 et 2013, les positions françaises ont reculé quel que soit le niveau technologique. " C'est notamment le cas de la haute technologie où néanmoins elles résistent mieux grâce aux performances aéronautiques ", observent les Douanes. Le recul est encore plus sensible pour les exportations de produits pharmaceutiques, la France perd 17 points de parts de marché depuis 2003, au profit de la Suisse et de la Belgique, tout en restant le 1er fournisseur du Maghreb avec un poids de 44 % en 2012.

Directement concurrencées par la Chine, les positions françaises pour les produits informatiques et de télécommunication se fragilisent également. Le dernier bastion français pour les entreprises de la filière électronique est donc en train de céder. C'est également le cas des produits de technologie moyennement élevée telles que les machines, électroménagers, véhicules utilitaires suivent la même tendance. C'est également le cas de l'automobile qui voit ses parts de marché reculer très fortement pour les voitures particulières, au profit de l'Allemagne et de l'Espagne. Ses positions s'effritent également pour les ventes de moteurs et de véhicules utilitaires, au profit de la Chine. Pour l'instant, la chimie reste épargnée par cette concurrence accrue.

Un solde encore excédentaire mais pour combien de temps ?

En dépit de cette perte de vitesse, le solde commercial de la France avec le Maghreb est encore excédentaire, s'élevant à 2,1 milliards d'euros en 2013, alors qu'il est structurellement déficitaire avec les pays émergents de la zone asiatique.

Certes, le Maghreb ne représente que 3,1 % du total des ventes de la France à l'export. Mais, au regard de la situation de la balance commercial, la perte d'un marché jusqu'ici naturel, voire protégé, n'est pas une bonne nouvelle.

La France a-t-elle les moyens de se passer d'un marché de 80 millions d'habitants, dont le PIB cumulé - 346 milliards de dollars en 2012, le situant entre l'Afrique du Sud (382 milliards) et le Nigeria (286 milliards) - fait du Maghreb " un acteur économique important en Afrique " selon les Douanes ? La question est d'autant plus légitime que cette région, porte d'entrée naturelle du continent africain, affiche des performances de croissance que le Vieux continent pourrait envier. Depuis 2010, les trois pays bénéficient d'une croissance comprise entre 3 % et 4 % par an et a rapidement dépassé son niveau d'activité d'avant la crise de 2009.

Les entreprises ont changé leur fusil d'épaule : s'implanter plutôt qu'exporter

Est-ce la fin d'une histoire ? Le cours de celle-ci semble s'être simplement modifié. Les entreprises françaises, et principalement les plus grandes d'entre elles ne considèrent plus simplement les pays de la région comme des marchés mais comme des bases arrière pour produire - les coûts salariaux sont attractifs - avant d'exporter vers d'autres pays africains ou pour réimporter la production vers la France ou l'Union européenne.

Un exemple : selon l'Agence « Invest in Morocco », le salaire moyen au Maroc s'élève à 327 dollars par mois, « soit près de dix fois moins que le salaire moyen en Espagne ».

Conséquence, le solde commercial bilatéral entre la France et le Maghreb pourrait passer dans le rouge si cette tendance se prolongeait puisque les exportations devaient mécaniquement chuter

Selon les Douanes, en 2011, ces filiales, hors banques et assurances, généraient un chiffre d'affaires comparable au montant des exportations, soit 13,4 milliards, avec au premier rang le Maroc (7,2 milliards d'euros), suivi de l'Algérie (3,9 milliards d'euros) et de la Tunisie (2,3 milliards d'euros). « Le ratio entre le chiffre d'affaires des filiales locales et le montant des exportations est plus important au Maroc (1,6) qu'en Algérie (0,7) et en Tunisie (0,6) », précisent les Douanes.

Peu d'investissements français en Algérie

Concrètement, les investissements directs français au Maghreb ont depuis 2003 augmenté deux fois plus vite que l'ensemble des investissements français dans le monde. Ils ont triplé en dix ans et atteignent 11,2 milliards en 2012, avec en tête le Maroc (8,5 milliards), deuxième pays africain destinataire d'investissements directs étrangers (IDE) après l'Afrique du Sud. Le royaume chérifien a reçu depuis cette date 8,3 % des investissements mondiaux destinés à l'Afrique. " Il est, avec le Brésil et la Chine, l'un des trois principaux pays émergents, où les entreprises françaises investissent le plus. Sur la dernière décennie, les flux d'IDE français représentent en moyenne plus de 40 % des flux totaux d'IDE reçus par le Maroc, dépassant largement les Emirats arabes unis (25 %) ", observent les Douanes.

En Algérie, les investissements français, qui se sont élevés à 1,9 milliard d'euros sur la période, ne pèsent que 7% du total des IDE reçus par le pays, loin derrière le Koweït avec 23 %. L'inauguration de l'usine Renault à Oran en novembre, qui produira un modèle à destination du marché algérien, incitera-t-elle d'autres entreprises à s'implanter en Algérie ?

Quant à la Tunisie, où les entreprises françaises n'ont investi que 700 millions d'euros depuis 2003, elle souffre encore d'un environnement des affaires " encore peu attractif comparé aux autres pays émergents " notent les Douanes. Un environnement marqué par les perturbations politiques provoquées par le Printemps arabe en 2011.

En Tunisie, les IDE français (14 % du montant total des IDE) devancent légèrement ceux des autres pays, notamment ceux de l'Autriche (13,6 %), essentiellement dans l'industrie touristique.

Une stratégie régionale à mettre en place

A moins de nouvelles perturbations politiques, cette attractivité pourrait se renforcer au cours des prochaines années. Une étude de la Banque Africaine de Développement (BAD), intitulée « L'intégration régionale en Asie du Sud-est : enseignements pour les pays du sud de la Méditerranée », met en évidence la sous-intégration commerciale entre les pays d'Afrique du Nord. Partant de ce constat, elle incite les pays de la région à s'inspirer de l'expérience de l'ASEAN, considérant que la similitude des structures économiques (hors hydrocarbures et phosphates) que présentent les pays nord-africains n'est pas un frein insurmontable à l'intégration commerciale dans la mesure où, en Asie du Sud-est, a été adoptée une stratégie de développement du commerce au sein d'une même filière -plutôt que la spécialisation de chaque pays. Cette étude rappelle également que les pays de l'ASEAN ont su s'intégrer très tôt aux stratégies des entreprises multinationales, comme base de production d'abord, comme marché ensuite, pour attirer les IDE, qui ont beaucoup contribué à leur intégration commerciale.

Selon la note des Douanes, les échanges intra-zone demeurent extrêmement faibles, ne représentant que 3,4 % de leurs échanges et ce, malgré la mise en œuvre en 1989 de l'Union du Maghreb Arabe (UMA) censée faciliter les échanges.

Pour favoriser la croissance dans chacun des pays de la région, la BAD recommande donc aux pays d'Afrique du nord d'engager une véritable libéralisation multilatérale qui favoriserait l'intégration régionale, l'identification des objectifs mutuels, la stimulation de l'attractivité et les entrées d'IDE, qu'ils viennent de France. Ou d'ailleurs.

En dépit de ses vertus en matière de respect de l'environnement et de préservation de la biodiversité, l'agriculture biologique est souvent reléguée au rang d'alternative marginale, définitivement incapable de nourrir les plus de neuf milliards d'humains que comptera la planète en 2050, dont un quart sur le continent africain.

Il est vrai que, fin 2011, elle n'occupait que 37,2 millions d'hectares dans le monde, soit seulement 0,9 % de la surface agricole totale, même si, entre 2000 et 2010, son emprise territoriale a été multipliée par 2,4. Mais ses détracteurs lui reprochent surtout ses piètres rendements, comparés à ceux de l'agriculture conventionnelle.

Or, une « méta-étude » américaine, publiée, mardi 9 décembre, dans les Proceedings of the Royal Society (l'équivalent britannique de l'Académie des sciences française), redore quelque peu le blason de ce mode de culture qui proscrit les intrants chimiques, engrais, pesticides et autres produits phytosanitaires. Elle conclut que le déficit de productivité des méthodes biologiques par rapport à l'agriculture intensive, ou industrielle, est moins important que ne l'affirmaient de précédents travaux. Et, surtout, qu'il est possible de réduire cet écart.

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