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Vivre et Comprendre

“Il est de la responsabilité de tous de veiller à ce que les nouveaux moyens de diffusion de l'information se traduisent par un enrichissement, et non un appauvrissement du patrimoine culturel mondial.” Pierre Joliot

L'opposant russe Alexeï Navalny : « Ce régime ne mérite pas d'exister »

L'avocat Alexeï Navalny, considéré comme l'opposant politique russe numéro un, a été reconnu coupable de « détournement de fonds », mardi 30 décembre, et condamné à trois ans et demi de prison avec sursis par le tribunal de Moscou.

Jugé dans la même affaire, son frère Oleg a, lui, été condamné à trois ans et demi de prison ferme. Ce qui a provoqué la fureur d'Alexeï Navalny qui, martelant la table de ses poings, a lancé à la Cour: « Pour quel motif vous le mettez en prison ? C'est quoi cette saloperie ? C'est pour me punir davantage ? » Il a ensuite appelé ses partisans à descendre dans la rue et fustigé un pouvoir qui ne« cherche pas seulement à détruire les opposants » mais également « ses proches ». « Ce régime ne mérite pas d'exister, il doit être détruit », a-t-il lancé.

Ces condamnations constituent d'autant plus une surprise que le parquet russe avait requis au départ une peine de huit ans de prison pour Oleg Navalny, moindre que celle requise contre l'opposant, dix ans de prison. Les frères Navalny ne devaient pas être fixés sur leur sort avant la mi-janvier, mais la justice russe a brusquement décidé, lundi, d'avancer la date du jugement, vraisemblablement pour prendre les opposants de court et éviter qu'ils ne manifestent pour dénoncerce qu'ils considèrent comme un procès politique.

  • Qui est Alexeï Navalny ?

En quelques années, il est devenu la bête noire du Kremlin. Cet avocat charismatique de 38 ans s'est spécialisé dans la dénonciation d'affaires de corruption des élites russes, notamment à travers son blog. Il y a décortiqué les comptes et les appels d'offres de l'administration et publié des preuves que des responsables russes possèdent des villas ou des intérêts non déclarés à l'étranger.

Opposant ouvert de Poutine, fervent nationaliste parfois accusé de populisme, il ne cache pas ses ambitions politiques. Candidat à la mairie de Moscou en septembre 2013 (il était arrivé en deuxième position), il affirme vouloir devenirprésident pour mettre à bas un régime qu'il dit « fondé sur la corruption ».

Plusieurs affaires lui valent d'être dans le collimateur de la justice qui l'avait déjà condamné en 2013 à cinq ans de camp avec sursis pour une affaire de malversations.

Lire : Russie : Alexeï Navalny, l'opposant 2.0

  • Pourquoi était-il poursuivi ?

Mardi, c'est sur une affaire de détournement d'argent présumé au détriment d'une filiale du groupe Yves Rocher que la justice s'est prononcé. Alexeï Navalny et son frère Oleg étaient soupçonnés d'avoir escroqué l'entreprise française en 2008 en surfacturant leurs services alors qu'ils géraient une société de transport.

Yves Rocher a porté plainte contre les deux frères, mais il y a eu rapidement des soupçons que ce soit sous la pression de Moscou. Les frères Navalny assurent qu'il s'agit d'une manipulation et d'une tentative d'intimidation à leur égard.

Lire : La justice russe s’acharne contre l’opposant Alexeï Navalny

  • Qu'affirme Yves Rocher dans cette affaire ?

La société s'est vu accusée d'avoir « aidé le pouvoir poutinien à isoler [l'opposant] », selon les mots de l'écrivain russe Boris Akounine. « Si le plus célèbre opposant russe va en prison à cause de l'entreprise française la plus connue en Russie, le nom d'Yves Rocher sera synonyme de honte », regrette-t-il.

L'entreprise a finalement retiré sa plainte, affirmant par la voix de Christian Melnik, le directeur financier de sa filiale russe, n'avoir subi « aucun dommage » à la suite de sa collaboration avec les frères Navalny pourtant soupçonnés d'avoir détourné 27 millions de roubles (400 000 euros).

  • Que risquait-il ?

Le 19 décembre, le parquet russe avait requis dix ans de camp à son encontre. « Je me rends parfaitement compte qu'on pourrait me mettre en prison (…), mais je ne regrette rien, pas un seul acte », a-t-il affirmé, assurant « ne pas se faire d'illusion » sur l'issue de son procès.

Assigné à résidence, il avait déjà l'interdiction d'utiliser Internet et le téléphone. Son blog, jusque-là relayé par sa femme, Marina, a été bloqué en mars par la censure.

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