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Vivre et Comprendre

“Il est de la responsabilité de tous de veiller à ce que les nouveaux moyens de diffusion de l'information se traduisent par un enrichissement, et non un appauvrissement du patrimoine culturel mondial.” Pierre Joliot

Une start-up réussit à produire de l'essence sans pétrole

Une start-up réussit à produire de l'essence sans pétrole

Installée près de Reims, la société Global Bioenergies fabrique des hydrocarbures à partir d'un gaz obtenu par fermentation de biomasse. Audi va tester ce «pétrole vert» dans ses véhicules.

En plus de son vin effervescent, la région Champagne sera désormais célèbre pour son essence renouvelable. C'est en effet sur place, à Pomacle-Bazancourt, que Global Bioenergies a installé son unité de bio raffinerie dans laquelle l'entreprise teste la production d'hydrocarbures liquides issus de la fermentation de biomasse. La société, spécialiste de la chimie verte, est l'une des rares au monde et la seule en Europe à développer ce procédé.

Concrètement, Global Bioenergies fait fermenter, dans une cuve de 500 litres, du glucose ou du saccharose, fournis parson partenaire Cristal Union (le site pilote est d'ailleurs installé sur les terres de la société ARD, filiale du géant du sucre). Des bactéries génétiquement modifiées vont se charger de transformer ce sucre en isobutène. Ce gaz est l'un des principaux éléments de la pétrochimie: quinze millions de tonnes sont produites chaque année, traditionnellement à partir de pétrole. «Ses usages sont multiples, en fonction du traitement que l'on en fait. Après transformation, on peut obtenir du carburant mais aussi du kérosène, du caoutchouc, du plastique, du lubrifiant, du plexiglas…», énumère Jean-Baptiste Barbaroux, directeur corporate développement de la société.

Pour obtenir du carburant, Global Bioenergies a d'abord purifié son gaz et l'a liquéfié pour pouvoir le transporter jusqu'à la raffinerie de Leuna près de Leipzig, en Allemagne. Sur place, son partenaire, l'Institut Fraunhofer (l'équivalent du CNRS allemand, ndlr) s'est chargé de la transformation. «Nous avons obtenu de l'isooctane, qui est l'équivalent du ‘super 100' pour les moteurs à essence lorsqu'il est utilisé pur. C'est un carburant qui en théorie fonctionne immédiatement. Des tests sur les véhicules vont être effectués».

Enthousiasmé par le procédé, le constructeur Audi a accepté de jouer les cobayes. La semaine dernière, Global Bioenergies lui a livré un premier lot d'isooctane biosourcé qu'il testera sur ses véhicules. «Ce premier lot d'essence renouvelable représente une étape historique. Il marque la naissance d'une nouvelle industrie décentralisée à grande échelle, respectueuse de l'environnement et appelée à remplacer progressivement celle des hydrocarbures fossiles traditionnels», assure Marc Delcourt, PDG de Global Bioenergies, dans un communiqué.

Un soutien des deux côtés du Rhin

La jeune entreprise, née en 2008, croit dur comme fer au potentiel de son pétrole vert. «Dans certaines applications, notre procédé peut être compétitif face aux hydrocarbures fossiles avec un baril à 50 dollars», explique Jean-Baptiste Barbaroux. Pour les plastiques et les caoutchoucs, il faudrait que le baril dépasse les 85 dollars. Si le cours du baril atteint les 150 dollars, «les immenses marchés de l'essence et du kérosène seront pleinement accessibles», affirme Marc Delcourt. Global Bioenergies compte en tout cas profiter de la forte incitation réglementaire en Europe en faveur des biocarburants.

«L'avenir sera vert»

Sur le site de la raffinerie de Leuna, Global Bioenergies construit actuellement un démonstrateur industriel qui entrera en fonction au deuxième trimestre 2016. «Ce sera la réplique d'une usine commerciale. Il sera dix fois plus gros que le site pilote de Pomacle-Bazancourt et nous permettra de produire de l'isobutène de plus haute pureté», précise Jean-Baptiste Barbaroux. La société a obtenu des soutiens forts des deux côtés du Rhin: de la part de la BPI en France et du ministère de l'Éducation et de la Recherche en Allemagne. Tous deux ont versé des subventions de près de 11 millions d'euros. La société, introduite en Bourse en 2011, séduit aussi les investisseurs. Les levées de fonds ont permis à elles seules de récupérer 37 millions d'euros. Déficitaire de 7,6 millions d'euros en 2014, l'entreprise vise la rentabilité avant 2020. «Notre modèle dépend de l'évolution des prix des matières premières agricoles et du pétrole. Mais le ratio entre les deux va dans le sens de la biodiversité. Cette dernière sera plus rentable car l'avenir sera vert!», assure Jean-Baptiste Barbaroux.

La chimie dans les starting-blocks

En plus d'Audi, d'autres industriels ont manifesté leur intérêt pour l'isobutène renouvelable de Global Bioenergies. Parmi eux, le premier chimiste français, Arkema. Début mai, la société lui a livré un lot d'isobutène pur qu'il se chargera de transformer en un composé essentiel des peintures acryliques. «Arkema était déjà en relation avec Global Bioenergies alors que cette fermentation n'en était qu'à ses balbutiements. La livraison de ce premier cylindre illustre tous les progrès accomplis ces dernières années. Être le représentant de l'industrie chimique choisi par Global Bioenergies dans ce programme est aussi une reconnaissance de la volonté d'Arkema de développement de la bioéconomie», explique le chimiste dans un communiqué.

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