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Vivre et Comprendre

“Il est de la responsabilité de tous de veiller à ce que les nouveaux moyens de diffusion de l'information se traduisent par un enrichissement, et non un appauvrissement du patrimoine culturel mondial.” Pierre Joliot

Agir vite pour sauver l’euro

Agir vite pour sauver l’euro

La zone euro vit aujourd’hui le paroxysme d’une crise qui peut être mortelle.

Il n’est plus le temps ni le lieu de faire l’analyse des innombrables erreurs, de chacun et de tous, qui nous ont conduit où nous sommes aujourd’hui. Cette page n’y suffirait pas. Il est en revanche très important de comprendre que l’engrenage actuel conduira très vite, si l’on ne réagit pas, à la sortie de la Grèce de l’euro.

Cela serait une catastrophe pour ce pays, dont le niveau de vie s’effondrerait, dont les épargnants seraient ruinés et qui ne s’en relèverait pas avant 20 ans au moins, à moins de se soumettre à une puissance étrangère.

Le Grexit serait aussi une catastrophe pour nous. D’abord, parce que nous subirions des pertes directes et indirectes, bien supérieures aux 40 milliards annoncées par tout. Ensuite, parce que cela démontrerait à tous que l’engagement dans l’euro n’est pas irréversible, qu’un pays peut en sortir ; le jeu des marchés financiers serait alors de deviner quelle serait la prochaine cible et de l’attaquer: le Portugal? L’Espagne? L’Italie? La France? Tous, sans doute, l’un après l’autre. Le coût pour nous de la simple éventualité d’une telle catastrophe serait énorme: hausse des taux d’intérêt, récession, déficit public croissant ; de terribles économies s’imposeraient.

Ensuite, parce que cette crise nous rappelle une évidence : aucune monnaie unique ne peut survivre durablement entre des pays qui ne mettent pas en commun une capacité budgétaire, c’est à dire des recettes fiscales, permettant d’emprunter pour financer les investissements nécessaires pour compenser les différences de compétitivité entre ces pays.

Les risques de voir la zone euro se défaire sont donc énormes. Il est donc urgent d’agir. Pour cela, les Français et les Allemands ne doivent pas attendre une proposition grecque. Ils doivent, ensemble, suggérer un programme complet, en quatre parties :

1. Sur les enjeux de court terme, les positions de la Grèce et des autres Européens ne sont pas si éloignées. Un accord est rapidement possible. Sans doute faudra-t-il faire, de part et d’autre, une ou deux concessions techniques sur le niveau de TVA applicables aux îles ou sur la date du début de la réduction de la subvention aux petites retraites.

2. Sur les enjeux de long terme, il faut immédiatement annoncer, ce qu’on aurait dû faire depuis longtemps, qu’on renégociera la dette publique grecque, en modifiant sa maturité et en apportant, dans les trois prochaines années, les 40 milliards nécessaires au remboursement de ses échéances, financés par un prêt octroyé par le Mécanisme européen de stabilité (MES), ce nouvel instrument intergouvernemental, encore jamais utilisé, qui dispose de 500 milliards d’euros.

3. Il faudra utiliser ces ressources, de court et de long terme, non pour une énième distribution de subsides à fonds perdus, mais pour enfin s’attaquer à l’essentiel, la constitution d’un Etat grec avec un cadastre, une police, une justice, une administration digne de ce nom. Comme on l’a fait avec succès en Europe de l’Est.

4. Enfin, simultanément, pour éviter qu’une telle crise éclate ailleurs, il faut organiser le 3e étage de la gouvernance de la zone euro : après la monnaie unique et l’union bancaire, nous devons réaliser l’union fiscale et budgétaire, dont le MES peut constituer un habile embryon, permettant d’y parvenir sans se lancer dans un hasardeux marathon référendaire à travers le continent. Si on voulait être plus audacieux, on doterait ce Fonds d’une recette propre, par exemple une TVA sur les ventes des GAFA, aujourd’hui détaxées.
Dans un tel programme, les Grecs trouveront les ressources et les compétences qui leur manquent pour construire leur Etat. Les Allemands seront rassurés par le caractère intergouvernemental de cet accord, qui donne tout pouvoir aux parlements nationaux et permettra de contrôler les éventuelles dérives budgétaires des emprunteurs. Et la France y trouvera l’amorce de la solidarité fiscale qu’elle appelle de ses vœux depuis longtemps.

La mise en œuvre d’un tel programme prendra du temps. Le monde nous regarde et attend de nous une capacité à donner un sens à la construction européenne. Si on ne le fait pas maintenant, nous serons bientôt tous ruinés, comme les Grecs ; ruinés par notre incapacité à prendre au sérieux nos propres engagements.

Le moment de vérité est là ; il révélera les femmes et les hommes visionnaires, courageux, lucides et déterminés. Et les autres.

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