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Vivre et Comprendre

“Il est de la responsabilité de tous de veiller à ce que les nouveaux moyens de diffusion de l'information se traduisent par un enrichissement, et non un appauvrissement du patrimoine culturel mondial.” Pierre Joliot

Deux jeunes utopistes à l'assaut de l'économie circulaire

Deux jeunes utopistes à l'assaut de l'économie circulaire

Rien de plus banal qu'un tour du monde. Mais quand deux jeunes visitent 22 pays pendant 17 mois pour découvrir comment se vit concrètement l’économie circulaire, cela devient intéressant.

Même âge, même uniforme et même envie de faire bouger les choses: Raphaël Masvigner et Jules Coignard se ressemblent. A 27 ans, les deux entrepreneurs trimbalent depuis six mois leurs tee-shirts et jean –loué– à travers le globe en quête des pépites de l’économie circulaire. "Il faudrait passer d’une économie linéaire, où on extrait, on transforme et on jette à une économie où on optimise les ressources pour vivre dans un monde sans déchet", prônent-ils en chœur. Si leur cursus diffère, Sciences Po Paris pour Raphaël et école de commerce de Toulouse pour Jules, le Mexique les réunit. C’est là-bas qu’ils se rencontrent en 2013, alors qu’ils travaillent chez Airbus. "A ce moment-là, Raphaël était déjà très intéressé par la question des déchets. Moi, je voulais soit intégrer une start-up, soit travailler dans le développement durable", explique Jules. Les voilà bientôt décidés à se consacrer à l’économie circulaire. L'association Circul'R était née. Objectif: identifier à travers le globe 100 initiatives qui prouvent que produire différemment est possible, mettre en lien les acteurs et sensibiliser les populations notamment à travers des conférences dans les universités. Budget total de l’aventure? 90.000 euros. "On en a déjà levé 75.000, il nous reste 15.000 euros qu'on espère obtenir grâce au financement participatif." Après avoir démarché une quinzaine d'entreprises pour en faire leurs partenaires, prévenu leur famille et convaincu les amis un brin sceptiques, les voilà partis en mars dernier, à l’assaut de ce périple pas comme les autres.

Actuellement à Dubaï, ils ont déjà 11 destinations au compteur –Angleterre, Belgique, Hollande, Allemagne, Maroc, Espagne, Portugal, Sénégal, Afrique du Sud, Mayotte et La Réunion– et identifié 60 initiatives. "Avant d’entamer notre périple, on avait pré-identifié deux projets par pays. Maintenant grâce à nos précédentes rencontres et aux réseaux sociaux, on tourne plus autour de 5-6 projets pré-identifiés, et presque autant découverts sur place par le bouche-à-oreille." S'ils avouent être légèrement pris par le temps, ils se défendent de bâcler leurs visites: "On leur consacre entre deux et quatre heures chacune." Foisonnante, l’expérience de l’économie circulaire ne verserait-elle pas cependant dans l’utopie? Une question qui les fait se récrier d’emblée, citation de Pierre Rabhi –un des papes de l’économie circulaire– à l’appui: "Un jour, un feu de forêt faisait rage. Les animaux regardaient le désastre sauf un colibri qui s’activait pour aller chercher de l’eau dans son bec. Un tatou lui dit que ce n’était pas avec ces gouttes que le feu allait s’éteindre. Il a alors répondu qu'il savait mais qu'il faisait sa part."

L’aperçu de l’économie circulaire qu’ils ont vu jusqu’à présent les rend optimistes et les a convaincus que la transition vers un nouveau modèle économique peut s’opérer en l’espace de deux générations. La Hollande les a épatés et notamment Interface, le leader mondial de la moquette en dalles. Cette entreprise qui réalise 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires s’est inspirée de la patte du lézard pour coller ses dalles de moquettes en fibre 100% recyclée. Et grâce à son programme "Mission Zéro" mis en œuvre dans les années 1990, Interface a pour ambition d’éliminer tout impact négatif de ses activités sur l'environnement d'ici 2020! Il y aussi Orange bleue, bel exemple de permaculture au Maroc. Un jardin bio emplit de plantes qui produisent des déchets dont d'autres plantes se nourrissent, le tout sur les ruines d'une ancienne décharge. A l’impact environnemental s’ajoute l’impact social. Le manque de moyens de certains acteurs les convainc encore plus de la nécessité de les mettre en relation. "Nous allons créer une plateforme dédiée. On la testera au départ sur Facebook avant d'en réaliser une plus aboutie." A leur retour dans l'Hexagone, en décembre 2016, l'aventure continuera pendant six mois par le biais d’expositions ou de conférences. Le but ultime est de créer leur propre entreprise sous la forme d’un incubateur ou d’un fonds qui aidera directement des projets d’entreprises liés à l’économie circulaire. Et de paraphraser Muhammad Yunus pour conclure: "Nous voudrions mettre l’économie linéaire au musée."

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