Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Vivre et Comprendre

“Il est de la responsabilité de tous de veiller à ce que les nouveaux moyens de diffusion de l'information se traduisent par un enrichissement, et non un appauvrissement du patrimoine culturel mondial.” Pierre Joliot

Pourquoi notre vision de l’immigration est tronquée

Pauvres et pas diplômés les migrants ? Voilà l’image la plus répandue que l’on a d’eux. Elle ne correspond pourtant pas aux immigrés d’aujourd’hui. Actuellement, les migrants sont principalement des femmes. Désormais, des mineurs non accompagnés tentent leur chance. Ces derniers mois, les migrations sont tirées par les réfugiés. On est donc loin du travailleur masculin faiblement qualifié des années 1970-1980 qui venait pour travailler à l’usine. Aujourd’hui, les migrants non-européens qui arrivent en Europe sont plus qualifiés que la moyenne de qualification du pays dans lequel ils entrent.

Les migrants non-européens qui arrivent en Europe sont plus qualifiés que la moyenne de qualification du pays dans lequel ils entrent

Les migrants qui arrivent ne sont par ailleurs pas les plus pauvres. Les plus modestes, qu’ils fuient la guerre ou des catastrophes climatiques, trouvent pour la plupart refuge dans leur propre pays ou dans le pays voisin. Ils n’ont en effet pas les moyens de venir jusqu’en Europe, parce qu’il faut de nombreuses ressources pour y parvenir : de l’argent pour payer les passeurs, la maîtrise d’une langue européenne, et un certain degré de connaissance du pays dans lequel on va arriver.

Malgré tout, l’image de l’immigré est celle d’une personne très peu qualifiée qui travaille à la chaîne. Cette vision correspond aux immigrés d’il y a cinquante ans, notamment les Chibanis, ces Maghrébins arrivés en France et ailleurs en Europe il y a des décennies. En réalité, la moitié des flux de migrants actuels correspondent au regroupement familial. Les autres sont les étudiants, les demandeurs d’asile et enfin les travailleurs qualifiés ou très qualifiés qui peuvent entrer légalement sur le marché du travail.

Identité mythique

A l’inverse, beaucoup qualifient d’immigrés des gens qui ne le sont pas. Aujourd’hui, les enfants ou petits-enfants des « vieux » migrants sont identifiés comme des immigrés. On invente « l’autre » pour se distinguer précisément de ce qu’on veut construire entre soi. Or, la plupart sont Français. Il est vrai que beaucoup sont au chômage, parce que les résultats scolaires n’ont pas toujours été à la hauteur, surtout dans les quartiers de relégation. Il s’agit d’un problème social, car ce sont des Français nés dans des quartiers difficiles, n’ayant pas bénéficié des mêmes chances que les autres. Mais on transforme ce problème social français qui concerne des Français en un mot : immigration.

L’immigration n’est donc pas seulement un phénomène social et économique. C’est aussi un phénomène de construction d’un imaginaire de l’autre, afin de se forger une identité mythique. La mondialisation bouscule les identités et nourrit les peurs. On invente alors l’autre pour se distinguer précisément de ce qu’on veut construire entre soi. Une tendance exacerbée par certains partis politiques qui récupèrent ce malentendu. C’est ce qui explique l’image tronquée que nous avons des migrants qui arrivent dans notre pays.

Catherine Wihtol de Wenden est directrice de recherche au CNRS (Céri, Sciences-Po).

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article