Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Vivre et Comprendre

“Il est de la responsabilité de tous de veiller à ce que les nouveaux moyens de diffusion de l'information se traduisent par un enrichissement, et non un appauvrissement du patrimoine culturel mondial.” Pierre Joliot

Des trottoirs parisiens aux dorures de la République, la belle histoire de Jean-Marie Roughol

Jean-Marie Roughol, 47 ans, SDF, a passé plus de vingt ans dans la rue. Faire la manche est devenu son "métier" comme il l'explique dans son livre "Je tape la manche" paru mercredi chez Calmann-Levy et co-écrit avec Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel, rencontré un soir sur les trottoirs parisiens.

Un bout de trottoir devant un théâtre parisien. C'est ici que Jean-Marie Roughol fait la manche depuis 20 ans. "Je viens ici surtout l'été… Je fais la sortie, le soir. Tu dois approcher le pèlerin, demander de l'argent. Ce n'est pas évident", explique-t-il au micro de RMC. Sauf qu'un jour, il y a trois ans, le pèlerin s'appelle Jean-Louis Debré, le président du Conseil constitutionnel. "Moi je surveille les voitures, je garde les chiens des gens, les vélos… Ce jour-là, j'ai vu M. Debré arrivé. Je lui ai proposé de garder son vélo. Il m'a dit oui. Je lui ai donc gardé pendant qu'il faisait ses courses et puis voilà… Il m'a donné un billet parce que je lui avais gardé…"

Une rencontre qui en amène d'autres. L'homme d'Etat et le SDF sympathisent et forment rapidement un duo atypique. Une amitié qui suscite des moqueries comme le raconte Jean-Louis Debré: "Trois ans après, j'entends encore 'Regarde, Jean-Louis Debré parle à un clodo'. Hostilité, violence, méchanceté… C'est là où l'idée m'est venu et que j'ai dit à Jean-Marie: 'Vous avez des choses à dire. Racontez donc votre vie'".

Publicité

"Beaucoup de gens nous ignorent"

Plus d’un an et demi, deux ans peut-être, s’écoule entre le moment où l'ancien ministre lui propose de coucher ses mémoires sur le papier et ce 22 décembre 2014 où Jean-Marie l'appelle et lui annonce, trois cahiers à la main: "J’ai terminé !". S'en suit de nombreuses séances d'écriture sous les dorures du Conseil constitutionnel. Un lieu qui impressionne toujours autant Jean-Marie: "Cela me surprend toujours quand je viens ici. C'est vraiment l'histoire de France… Quand on voit les plafonds, c'est vraiment impressionnant".

S'il espère que son livre permettra "d'attirer l'attention sur les SDF, surtout sur les femmes", pour autant Jean-Marie vit toujours dans la rue: "Beaucoup de gens nous ignorent, nous prennent pour des moins que rien mais personne n'est à l'abri à notre époque". La suite? Jean-Marie aimerait ouvrir une crêperie grâce aux droits d'auteur du livre qui lui seront intégralement versés.

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Un jour de 2013, il rencontre par hasard le président du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré. Les deux hommes sympathisent, et l'ancien ministre de l'Intérieur propose à Jean-Marie Roughol de raconter son histoire par écrit. Deux ans plus tard, Jean-Marie sort Je tape la manche (éd. Calmann-Lévy), un récit de vie, relu avec l'homme politique devenu son ami.

Francetv info : Comment avez-vous rencontré Jean-Louis Debré ?

Jean-Marie Roughol : J'ai l'habitude de faire la manche devant le Drugstore des Champs-Elysées, quand ça ne marche pas rue Marbeuf, rue Bayard ou avenue de Montaigne... Un jour, j'ai aperçu une tête connue qui arrivait en vélo. C'était Jean-Louis Debré. Je l'ai reconnu car je lis souvent les journaux et je regarde les chaînes d'info en continu dans les bars. Il était habillé normalement, très simple et avenant. Je lui ai proposé de garder son vélo en échange d'une pièce, et il a accepté.

Vous avez alors sympathisé...

Lorsqu'il est revenu chercher son vélo, on a commencé à discuter. Il m'a demandé pourquoi j'étais à la rue, ce que j'avais fait pour en arriver là. C'est là qu'un couple nous a regardés et a lancé : "Regarde, M. Debré discute avec un clodo !" Je crois que ça l'a vraiment mis en colère, parce qu'il a pris ma défense et a continué de venir me parler par la suite. Quand je n'étais pas là, il demandait de mes nouvelles aux vigiles du magasin. Un jour, il m'a conseillé de raconter mon histoire dans un livre, parce que j'avais beaucoup de choses à dire, et qu'il me trouverait un éditeur si je le voulais. C'était sa façon il me semble, de faire taire les prétentieux comme ce couple.

Comment avez-vous rédigé ce livre ?

Au début, j'avais un peu d'appréhension car je n'ai pas beaucoup été à l'école dans ma vie. Mon père buvait beaucoup et me battait quand j'étais enfant. J'ai commencé à fuguer à 12 ans et à faire la manche avec des copains, "pour rigoler", et puis je ne m'en suis jamais vraiment sorti...

J'avais peur aussi, car je fais beaucoup de fautes d'orthographe, et il y a des choses que je ne sais pas exprimer. Au final, j'ai noirci trois cahiers en deux ans. J'ai raconté mon enfance, mes nuits par terre dans le métro, la peur constante de se faire voler ou agresser dans les centres d'hébergement, le regard dédaigneux des gens, mais aussi les belles rencontres, les potes et les filles... Je raconte aussi mes participations à des spectacles de Robert Hossein, rencontré dans la rue ! Il m'avait offert de petits rôles dans Ben Hur et Jean-Paul II.

Ensuite, j'ai tout donné à Jean-Louis, qui a relu et m'a aidé à réécrire les passages qui n'allaient pas. On a travaillé ensemble au Conseil constitutionnel, dans des cafés... Il me disait toujours : "Chaque mot a un sens !" L'éditrice l'a relu, et depuis mercredi, il est en librairie. La première fois que je l'ai eu en mains, je n'en revenais pas, je pleurais.

Aujourd'hui, vous vivez toujours dans la rue. Que retenez-vous de cette expérience ?

C'est vraiment comme si j'avais gagné au loto ! Avec ma première avance, j'ai pu vivre un mois sans trop faire la manche, payer une petite chambre d'hôtel et donner un peu d'argent à ma fille. Aujourd'hui, je n'ai plus les moyens et je suis obligé de revenir à la rue.

Jean-Louis Debré est devenu un ami. Pour une fois, j'ai eu l'impression que quelqu'un me traitait comme une personne, qu'il ne me jugeait pas. J'espère qu'avec ce livre, les gens ne nous regarderont plus comme des miséreux. Les SDF ne sont pas nés dans la rue ! Souvent, on a eu une vie avant, des enfants, un travail... Il suffit de perdre son boulot, de divorcer ou de se fâcher avec sa famille pour tomber dans la spirale infernale du trottoir. Je ne sais pas si le livre aura du succès, s'il permettra de m'en sortir... Dans tous les cas, c'était une expérience unique, vraiment inespérée.

Des trottoirs parisiens aux dorures de la République, la belle histoire de Jean-Marie Roughol

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article